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Mercredi 05 Mai 2010 L'actualité mahoraise
Polémique autour d'un sentier pédagogique
Plusieurs associations environnementales dont Oulanga na nyamba, ADEL (Association pour le développement de l'environnement de Labattoir), FMAE (Fédération mahoraise des associations environnementales), ont lancé une pétition afin de protester contre la construction d'un sentier pédagogique en béton dans la vasière des badamiers, en Petite Terre.
Les associations qui se consacrent à la préservation de l'environnement à Mayotte sont très en colère et le font savoir en lançant une pétition. L'objet de cette colère? La construction d'un parcours pédagogique dans la vasière des Badamiers en Petite Terre. Bien sûr, ce n'est pas le projet en tant que tel qui est dénoncé, mais les techniques et matériaux utilisés ainsi que le manque de concertation. En effet, ce parcours sera constitué de dalles de bétons posées à même le sol de la mangrove, et sera complété par un ensemble de bornes interactives expliquant au visiteur ce qu'est une mangrove et permettant, par exemple, d'entendre le chant des oiseaux qui la peuplent.
Pierric Lizon, le chargé de mission du conservatoire du littoral explique que « ce projet est une alternative » au projet initialement prévu autour de la future gare maritime qui devrait être construite dans ce périmètre. « C'est un parking et un rond-point qui auraient dû occuper le site » de ce sentier pédagogique.
Franck Charlier, le président de l'association Oulanga Na Nyamba, ne comprend pas le choix du conservatoire du littoral. « Ils font de l'excellent travail ailleurs », « pourquoi on se lance dans de tels projets à Mayotte? » Ali Madi, président de la fédération des associations environnementales de Mayotte ne dit pas autre chose. « Le projet initial, à la pointe Mahabou, était très intéressant, il était prévu en bois, comme partout ailleurs », s'étonnant d'un tel projet alors que, justement, « le conservatoire du littoral a été mis en place pour éviter le bétonnage des côtes ».
Bien entendu, c'est le matériau utilisé, le béton, qui a mis le feu aux poudres, même si le conservatoire du littoral rappelle que le ciment est « un matériau minéral, donc neutre ». Pierric Lizot, explique ce choix. « Ailleurs, on utilise le bois, mais à Mayotte, il n'y a pas de filière bois. Il aurait donc fallu faire venir du bois de Madagascar ». Il y a aussi une motivation économico-sociale à ce choix. « Nous avons préféré faire travailler des entreprises locales ».
Pierric Lizot rappelle qu'il y a eu des précédents à Mayotte. « En 98, un parcours similaire a été réalisé dans la mangrove de Dapani. Il a été vandalisé. Le bois a été récupéré pour des besoins personnels ». Pour Franck Charlier, si ce sentier avait été vandalisé, c'est parce que, déjà, il avait été réalisé sans impliquer la population du village qui n'avait donc pas vu l'intérêt d'une telle installation. Quant à Ali Madi, il regrette qu'« ils ne se soient pas posé de questions. Ils ont stigmatisé la population » après avoir fait faire « leur projet par un bureau d'étude parisien ».
Pierric Lizot argumente le choix fait en rappelant que ce sentier « se situe en zone urbaine » et qu'il « ne s'intègre pas si mal que ça au site ». Concernant le matériau utilisé, il précise qu'on « n'a pas coulé du béton sur place. On a coulé des dalles [en atelier] qui sont posées sur le sol ». Pour lui, la réaction des associations environnementales répond plus à une « position de principe » qui refuse systématiquement la « bétonisation des côtes ». « Attendons que tout soit mis en place ». Mais Franck Charlier nous affirme que la société qui est chargée de la construction a « déjà réalisé un devis pour la déconstruction ». Ce qui laisse à penser que les initiateurs du projet ne sont pas aussi sûr que ça de leur fait ou de leur bon droit. En effet, les associations pensent que si l'on doit aller jusqu'à une action en justice, le démontage sera inéluctable.
Ce qui a également suscité la colère des protecteurs de la nature, c'est le manque de concertation. « Ils n'ont jamais réuni » les associations pour discuter du projet. Pour Franck Charlier, il s'agit « typiquement d'un projet monté en urgence parce qu'il y avait de l'argent à dépenser ». Ali Madi, lui, considère qu'il s'agit d'un projet « monté entre un fonctionnaire de passage et un bureau d'étude parisien », encore une fois.
Du côté du conservatoire, on rappelle que la procédure a été respectée. Une notice d'impact a été réalisée en 2007. « Les services de l'Etat ont validé le projet » et « cette notice d'impact a été affichée dans la mairie concernée pendant un mois », conformément à la législation. Pourtant, au cours des démarches entreprises auprès des services de l'état, Franck Charlier note que « chaque service a marqué sa surprise : on avait sous-estimé le chantier ». Le directeur de l'équipement a répondu qu'il n'y avait « pas besoin de permission », ce qui surprend les défenseurs de la nature. « On expulse des constructions illégales » réalisées par des privés et une telle construction dans une zone protégée pourrait se faire sans contrôle?
Pour Franck Charlier, ce n'est pas vraiment ce qu'on appelle une concertation. « Personne de la société civile n'a été consulté, ni la mairie, ni les associations ». Il s'agit « d'une idée venue de la métropole », un projet réalisé par « un bureau d'étude parisien » sans tenir compte des spécificités de Mayotte. « C'est un condensé de toutes les bêtises qu'on peut rencontrer à Mayotte ».
Ali Madi, lui, regrette que « ce sont ceux qui sont sensés donner l'exemple qui font n'importe quoi », ajoutant que « sur une île aussi petite, la moindre action a un impact colossal ».
Les associations environnementales de Mayotte ont reçu l'appui du professeur Bernard Thomassin, océanographe. Président du groupement d'intérêt scientifique "Lag-May" (Environnement marin et littoral de l'île de Mayotte), Bernard Thomassin est une personnalité scientifique bien connue de tous ceux qui s'intéressent au lagon de Mayotte. Directeur de recherche au CNRS, il coordonne depuis près de 25 ans des recherches scientifiques sur le lagon. Sa réaction est sans appel. « Avoir mis ce cheminement à même le sol vaseux est une ineptie comme je n'en ai jamais vu dans des chemins piétonniers dans des mangroves. Tous sont sur pilotis et bien au-dessus des grandes marées de vives-eaux (ex. Everglades, Singapour, Mombassa, etc.). Les dalles seront aussi très bien pour piéger tous les plastiques volants, ainsi que les bouteilles dérivant sur la lagune ». Il attire également l'attention sur les dangers à venir pour le visiteur. « Le dessin des plaques de béton est bien joli.... mais avec un peu de vase et un voile algaire de Diatomées ou autres Cyanophycées les recouvrant, cela va être "une patinoire" à se rompre la colonne vertébrale ou l'occiput ».
Lui aussi s'insurge sur le côté financier de ce projet. « Comme quoi, à Mayotte, on a encore l'art de gaspiller de l'argent... » réagit-il devant la somme rondelette attribuée à ce projet. 530.000 euros « pour faire quelque chose comme ça! », se désole aussi Ali Madi. Pressentant les attaques sur ce point, le représentant du conservatoire du littoral minimise en rappelant que ce coût intègre les études préalables, le parcours proprement dit, la muséographie et la réhabilitation d'un bâtiment qui fera partie d'un ensemble qui s'étend sur 105 hectares.
Une mangrove menacée
Une vasière est un habitat littoral constitué de matériaux sédimentés. C'est l'habitat privilégié de certaines espèces et une zone de ponte et de refuge pour de nombreuses larves et alevins. Les vasières littorales peuvent être fixées par des mangroves. Elles constituent une source importante de nourriture pour des oiseaux d'eau spécialisés, souvent caractérisés par un long bec leur permettant d'aller chercher des invertébrés dans la vase.
A Mayotte, la mangrove est régulièrement menacée. Le développement de l'île passe (aussi) par le développement des infrastructures, les routes, notamment. La rocade sud de Mamoudzou qui va de Mamoudzou à Passamainty et doit continuer sur Tsoundzou, a été construite sur la mangrove. Ce sont donc des hectares d'espaces protégés qui ont déjà été détruits.
Si l'on peut admettre que le développement de Mayotte ne peut se faire qu'au prix de quelques sacrifices, en revanche, on peut difficilement accepter les attaques « sauvages », comme celle qui avait été dénoncée par l'association des Naturalistes de Mayotte en 2005.
Suite à un repérage pour une sortie pédagogique, l'association avait constaté un déversement de déblais dans la mangrove de Dembéni. « Celui-ci a entraîné la destruction presque totale de la relique d'arrière-mangrove (érythrine , orchidées épiphytes, fougères ...), détruisant le gîte de plusieurs espèces animales, notamment des oiseaux qui y nidifient » avaient indiqué à l'époque les Naturalistes de Mayotte.
L'association était déjà intervenue deux ans auparavant pour empêcher la coupe sauvage d'arbres perpétrées par des particuliers voulant établir des cultures en gagnant sur la mangrove.
Les remblais sauvages de Dembeni concernaient plusieurs dizaines de m3 et posaient également le problème d'apports de sédiments dans la mangrove lors de la saison des pluies. Ce déversement était « le fait d'entreprises œuvrant dans le cadre des grands travaux sur la commune de Dembéni ». L'association avait fait appel au Préfet pour « intervenir énergiquement et faire cesser ces atteintes à l'environnement », d'autant que, d'après elle, « ces travaux [n'avaient fait] l'objet d'aucune autorisation ! ».
Par Eric Trannois / Malango Mayotte










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